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Voyage dans l’histoire du massage chez les Britanniques

C’est au début du xixe siècle que le massage a trouvé en Angleterre son statut de méthode d’aide à la santé et au bien-être.

Voyage dans l'histoire du massage chez les Britanniques

C’est au début du xixe siècle que le massage a trouvé en Angleterre son statut de méthode d’aide à la santé et au bien-être. Pehr Henrik Ling (1776-1839), un médecin physiologiste suédois, développa un mélange de techniques fait de manipulations manuelles et de postures corporelles (« inspirateur » de la gymnastique contemporaine) que l’on appelle aussi aujourd’hui le « massage suédois ». Dans les années 1840, le Dr Mathias Roth, un étudiant de Ling, introduit en Grande-Bretagne ces techniques par des ateliers et l’exprime à l’écrit avec conviction, dans le premier livre en anglais concernant le massage suédois. Il y explique notamment les techniques manuelles et leurs actions sur la santé humaine. Les revues médicales anglaises de l’époque publièrent de nombreux articles sur ce sujet, tandis que les membres de la haute société, aristocrates et diplomates, commentèrent élogieusement leurs expériences de ce « massage ». La reine Victoria reçut « des traitements suédois » qui, selon elle, furent efficaces contre ses douleurs rhumatismales, ce qui enfla beaucoup la publicité et le prestige de ce qu’on appelait alors « la cure du massage suédois ».

Tout cela permit rapidement d’accroître une meilleure acceptation du concept de massage dans le domaine public anglais et finit de convaincre la société médicale de ses vertus. Pourtant, dans les années 1880, malgré une popularité croissante, le « concept du massage » et du toucher est victime de son propre succès, mais surtout, de certaines façons de le pratiquer. Les critiques abondent et en premier lieu, elles portent sur la qualité inégale des praticiens, ce qui était dû en partie à un système fragmenté d’enseignement, et, malheureusement et bien trop souvent, sur les revendications formulées et infondées par des praticiens charlatans et sans scrupules au sujet de ses effets de « rémission totale » sur toutes formes de maladies.

Bien que certains médecins visionnaires en Grande-Bretagne aient commencé à favoriser la pratique du massage, toujours encouragée par l’appui de la reine Victoria, ils étaient aussi conscients des schémas d’abus, y compris les fausses déclarations sur la formation des praticiens ou de leurs compétences, le vol du client par l’imputation de frais excessifs et l’utilisation du massage par les associations de malfaiteurs liés à la prostitution.

En 1894, ces questions, surnommées « les scandales du massage », sont signalées dans le British Medical Journal, ce qui affaiblit encore la foi du public et de la communauté médicale dans la validité du massage comme pratique respectable et crédible pour la santé. Cependant, un groupe de quatre ou huit femmes, selon les sources, infirmières pratiquant le massage, dans le milieu hospitalier, en complément ou en accompagnement des soins des malades, a exprimé la volonté de changer cette perception négative. Elles ont ainsi formé The Society of Trained Masseuses (la Société des masseuses formées). Leur propos était de mettre en oeuvre une formation déontologique et codifiée et ainsi de professionnaliser le massage dans les règles de l’art.

Créée en 1894, ce fut la première organisation officielle de praticiens du massage au Royaume-Uni, évoluant par la suite et devenant, en 1943, la Chartered Society of Physiotherapy, officialisée dans les années 1960 comme ce que nous pourrions comparer en France à l’ordre des kinésithérapeutes. Le Royaume-Uni des années 1960 et 1970 voit paraître une large diffusion d’ouvrages vulgarisés et grand public sur la notion de santé holistique. La libération des moeurs, l’idéal de vie du retour aux sources et la spiritualité orientale y participent activement, notamment sur le « revival » des techniques traditionnelles du massage. Par le biais de la réflexologie, remaniée par l’Américaine Eunice D. Inghan, qui aura finalement beaucoup d’influence au Royaume-Uni, et de l’intérêt grandissant du public pour les techniques de bien-être, la philosophie de l’être prend son essor et dans son prolongement, les massages traditionnels énergétiques provenant d’Asie ainsi que, tout particulièrement, les techniques de massages ayurvédiques issus de la médecine traditionnelle de l’Âyurveda, qui paradoxalement revient en force après avoir été presque évincé de la culture indienne lors de la colonisation britannique.

Les années 1980 voient l’avènement du fitness et du massage sportif dans les clubs de forme, et enfin, dans les années 1990, juste une petite décennie avant la France, c’est dans le courant de la philosophie du « wellness » ou « bien-être », pournous Français, qu’on voit naître en Angleterre l’expansion du marketing « well-being » et l’ouverture des spas, des échoppes de parapharmacie proposant des « cosmétiques bien-être » et surtout le développement des services de massage-bien-être sur les lieux de travail et au domicile des Britanniques urbains.

Être ou… devenir masseur en Angleterre

La pratique du massage en Angleterre, comme on peut le constater dans les différents chapitres de son histoire, est très réglementée depuis la fin du xixe siècle mais aussi, dès qu’il s’agit de son aspect paramédical, en même temps très souple, dans son modèle plus large de la notion « bien-être », que l’on peut actuellement diviser, dans les pratiques du massage, en trois grandes familles. En premier lieu, les massages de physiothérapeutes liés au milieu médical. En ce qui nous concerne, les massages et techniques dites énergétiques que les Anglais classent parmi les thérapies complémentaires ou alternatives à la médecine, le terme de thérapeute (therapist), pour un praticien en réflexologie, est ainsi toléré dans le cadre de sa communication, puisque le terme therapy, dans les pays anglo-saxons, incorpore la notion de prévention. Les praticiens de cette catégorie, souvent nommés massothérapeutes, peuvent travailler en cabinet, en clinique privée, ou encore en association avec des professions médicales.

Le second groupe de praticiens en massage est lié aux massages dits sportifs. Leur champ d’action se situe dans le milieu sportif, les centres de fitness, de préparation sportive, ainsi que les centres de remise en forme. Parmi ces praticiens, il y a souvent des coachs sportifs ou exerçant dans le domaine de la nutrition et de la perte de poids. Enfin, il y a les praticiens wellness, dont l’action se situe davantage sur les techniques relaxantes et la gestion du stress. Ce sont souvent ces praticiens qui se déplacent à domicile, sur le lieu de travail, ou qui mixent les techniques de massages relaxants avec les soins de beauté du corps. On assiste donc, dans l’évolution des pratiques du massage en Angleterre (et généralement dans le monde anglo-saxon), à l’idée de spécialisation.

Le système anglais est donc organisé autour de ses grands pôles balisés, ce qui pousse tôt ou tard et inexorablement l’apprenti masseur vers une réflexion sur son « plan de carrière ». Ce cheminement doit lui garantir une meilleure visibilité commerciale et une crédibilité de spécialiste.

Au niveau des formations, le fait de parler anglais offre un large choix pour toutes les écoles de massages traditionnels à travers le monde, en Inde, en Thaïlande, au Japon ou en chine qui ont traduit leurs enseignements pour les occidentaux.

Un autre avantage en Angleterre, est qu’il existe des subventions, des bourses d’État et des aides financières du Pôle Emploi version anglais, voire même des banques prêtes à financer les formations, dont les tarifs peuvent varier du simple au double.

Paradoxalement, c’est l’université qui coûte le plus cher. Le profil idéal d’un praticien en Angleterre est surtout lié à sa capacité d’évolution dans une discipline tout au long de sa vie. Être un praticien dans le monde anglo-saxon, implique un investissement personnel dans un perpétuel apprentissage. Gagner de l’argent, écrire des livres sur son expérience peut paraître égocentré et porter à méfiance en France, mais pas en Angleterre. Un bon praticien qui gagne de l’argent, est un signe de crédibilité. Si vous souhaitez en savoir plus ou vous renseigner, n’hésitez pas à contacter le British Council, qui est le centre gouvernemental anglais des formations, ou The London School of Traditional Massage, l’un des centres de formation les plus réputés en Angleterre.

Source

Par  Patrice MINERY / paru dans La Massagère / Numéro 12 / 2013.

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