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Le massage bien-être humaniste

Le massage bien-être possède une inclination remarquable à cheminer dans un espace humaniste. Cette approche existentielle humaniste que propose l’accompagnement par le massage bien-être est fondée sur le postulat que l’être humain porte en lui le potentiel d’aller bien, de s’actualiser sans cesse et de se réaliser pleinement.

Le massage bien-être humaniste

Le massage bien-être possède une inclination remarquable à cheminer dans un espace humaniste. Cette approche existentielle humaniste que propose l’accompagnement par le massage bien-être est fondée sur le postulat que l’être humain porte en lui le potentiel d’aller bien, de s’actualiser sans cesse et de se réaliser pleinement. Le massage bien-être est une pratique humanisante lorsqu’il ouvre à « un laisser se faire ce qui peut se faire », là où en est le client dans sa vie, dans son œuvre, dans son accomplissement, dans sa recherche à être bien, ici et maintenant.

Le massage bien-être est une invitation au temps présent, à ce qui se prête au jeu de l’immédiateté. Il nous convie à la simplicité du vivant, à celle qui s’éprouve hors de toute intention, de toute détermination et volonté. Il pose cette évidence que le bien-être est le fruit d’une expérience individuelle. Faut-il un but pour que le mas- sage ait de la valeur ? Faut-il un prétexte – celui d’être tendu ou fatigué – pour recevoir ce qui est déjà là ? Le bien-être, peut-il être accueilli et reçu sans artifice, sans l’excuse d’un symptôme ? Devons-nous attendre quelque chose d’un massage bien- être ou simplement avec humilité, recueillir ce qui est déjà là, cet état de bien-être qui se donne dans l’instant présent ?
Si le bien-être est déjà là, logé au plus profond de soi mais rendu provisoirement inaccessible par de nombreux encombrants tels que le stress, le manque de sens, l’insuffisance de reconnaissance et autres vécus, il est alors demandé au masseur d’être là, en présence et en confiance sur les ressources de son client à atteindre son bien-être. La foi du charbonnier, me direz-vous ? Et pourquoi pas ! Se servir d’un massage bien-être pour éliminer un symptôme est réducteur. C’est cantonner la pratique à une fascination : celle de vouloir faire absolument quelque chose pour l’autre, le soulager et en quelque sorte le sauver ! Il est bon de rappeler alors le dramatique triangle de Karpman (sauveur-persécuteur-victime) indissociable des mouvements relationnels. Si l’idée de « sauver » est compatible avec « des métiers soignants » dont la formation et l’expertise viennent structurer et qualifier une démarche professionnelle du mieux-être, elle ne convient pas en revanche à la philosophie du massage bien-être et à l’éthique du massage bien-être humaniste.

LE MASSAGE BIEN-ÊTRE HUMANISTE INVITE À L’ÉPANOUISSEMENT ET À L’ACCOMPLISSEMENT DE L’HOMME.

Plutôt que de se saisir d’un symptôme, la voie qui s’ouvre au massage bien- être est d’accueillir la personne dans sa globalité, dans son entièreté, sans se laisser focaliser voire aspirer « par ce qui ne va pas ». Chercher à mettre fin à la présence d’un symptôme n’est pas le rôle d’un praticien en massages bien-être. Et si le symptôme n’était qu’un prétexte pour le bénéficiaire à prendre du temps pour soi, à se considérer, à se témoigner de l’inté- rêt et de l’importance ? C’est souvent « la personne oubliée, épuisée, tenue à l’écart de son équilibre de vie » que nous sommes censés accueillir, entendre et accompagner. Le symptôme est souvent la somatisation d’un be- soin d’exister insuffisamment pris en compte, voire nié. Le massage bien- être n’est pas là pour rééduquer le processus symptomatique mais plutôt pour accueillir le sujet là où il en est de son besoin profond.

La relation d’accompagnement et l’idée d’une pratique humaniste du massage bien-être sont là pour protéger le masseur comme le massé du risque de l’aventure thérapeutique qui n’est pas la nôtre. D’une certaine façon, il s’agit de demeurer insatisfait de ne pouvoir sauver le client de son symptôme pour être certain de l’accompagner vers ce qui est le plus précieux : l’être. Il suffit pour le praticien d’être là où il doit être, sans intention précise mais avec une présence attentive pour que s’éveillent chez le client des forces homéostasiques insoupçonnées. Il reste alors pour le praticien à devenir le témoin bienveillant de l’émergence de l’unité corps-esprit de son client, étape préalable au bien- être. Le massage bien-être possède cette potentialité d’accompagner la profondeur de l’être, cette puissance de vie qui porte, pulse et transforme.

Le temps du massage bien-être, pour le client, est pris précisément pour ne rien faire. Il se donne ainsi les moyens d’interrompre un processus permanent d’action que son quotidien lui im- pose généralement. Il prend le temps de laisser revenir le corps en première ligne et de tourner son attention vers son monde intérieur. Le massage bien-être a pour rôle de réorienter le bénéficiaire vers un mode dit passif, un non-remplissage, un laisser faire corporel. Le massage bien-être propose au client d’abandonner un « aller cher- cher » pour un « laisser venir » voire un « laisser se révéler » (1).

Pendant cette aventure intérieure du client, il est indispensable que le masseur bien-être renforce sa posture de témoin bienveillant, sans intention, sans recherche particulière, sans l’exercice d’un pouvoir spécifique. Il doit renoncer à une activité conquérante régie par l’intention de « soigner l’autre » ou de lui « donner du bien- être ». Il est essentiel de souligner que chacun dispose d’une énergie vitale, d’un capital bien-être en lui. De fait, ce bien-être ne vient pas de l’extérieur. Il émerge de l’intérieur. Le bien-être du client c’est précisément ce qui advient lorsque la pratique du massage est sans intention particulière, lorsque le protocole se déroule avec, de la part du masseur, « une attention présente non-dirigée (1) ». Cette démarche est troublante pour tout débutant en massages bien-être car la croyance naïve que l’on puisse apporter à l’autre « du bien-être » est forte. Ce qui est éton- nant également c’est découvrir une conduite opératoire du massage qui ouvre à un « laisser se faire ce qui doit se faire », là où en est le client, dans sa capacité à prendre conscience de ses ressources dans sa vie, dans son œuvre, dans son accomplissement.

L’idée, d’une suspension du vouloir pour l’autre et de l’absence de focalisation sur le symptôme, ouvre chez le masseur une présence nouvelle à lui- même, à l’autre et une attention afin de ne pas interférer et transférer sur le client ses propres aspirations. Cette présence attentive, se « laisser se révéler ce qui peut se révéler » est clairement une approche considérée comme plus exigeante, voire plus avancée (1) en termes de présence consciente dans l’exercice de l’accompagnement par les massages bien-être. La pratique appelée communément la pratique du lâcher prise s’affine en devenant la pratique du « ça lâche prise ». Et c’est ainsi que le massage bien-être, dans sa dimension accompagnatrice est une pratique humaniste qui s’appuie sur le fait de considérer l’autre tel qu’il est et l’accueillir là où il en est, sans vou- loir qu’il soit autrement et sans attente particulière.

LE MASSAGE BIEN-ÊTRE EST UNE PRATIQUE D’HUMANISATION.

L’humanisme s’enracine dans la façon dont les personnes se traitent mutuel- lement, dans leur manière d’être en lien et en présence. Le massage bien- être est une pratique d’humanisation dans sa façon d’être un support à l’accompagnement de la personne, un échange sans diktat, sans ingérence, sans attente, sans enfermement. Mais aussi, lorsque la liberté d’être, la dignité, le respect, la considération du client tel qu’il est, là où il en est, s’expriment.

La pratique humanisante du massage bien-être s’enrichit du retrait, du renoncement par le praticien de tout pouvoir exercé sur son client même au nom de bonnes intentions. L’humanisme du massage bien-être se nourrit aussi d’un regard éthique sur autrui accueillant l’universalité et l’unicité (2). C’est recevoir ce qui se révèle chez l’autre avec considération, disponibilité, non-jugement et avec l’art de s’effacer au profit du libre arbitre du client dans la réalisation de son propre bien-être. Pratiquer un massage bien- être humaniste (3) c’est ne pas « avoir de projet pour l’autre » y compris celui « de produire du bien ». Il est demandé au praticien d’être « un entendant, un facilitateur, un témoin bienveillant » et de laisser se dérouler le protocole de massage sans intention particulière, en reconnaissant l’autre comme sujet autonome, libre et doté de ses propres ressources au bien-être.

Notre pratique n’est jamais qu’un massage bien-être proposé à la liberté de l’autre, pour qu’il puisse s’il le souhaite, se rencontrer et se connaître, se réaliser et s’accomplir, bref, de vivre un temps de bien-être, « son bien-être ».

Directeur de CLK Formation

(1) À l’épreuve de l’expérience. Pour une pratique phénoménologique. Natalie Depraz – Francisco Varela – Pierre Ver- mersch. Ed Zeta books
(2) Pratiquer l’humanité. Georges Levesque – Gérard Wiel. Ed Chronique Sociale
(3) L’humanisme est un mouvement et une attitude philosophique visant l’épanouissement de l’homme et reven- dique pour chacun la possibilité de s’accomplir librement et harmonieusement. L’humanisme consiste à respecter la pluralité de ce qui constitue l’homme, à le considérer selon toutes ses dimensions. Il s’éloigne des doctrines cherchant à parcel- liser l’homme, à le réduire à certaines de ses manifestations comme par exemple, une somatisation. L’humanisme place l’homme et les valeurs humaines au-dessus de toutes les autres valeurs.

Source

Par  Roger DAULIN/ paru dans La Massagère / Numéro 21 / 2016.

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