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La place de la douceur au cœur de la relation d’accompagnement

Révolue, décalée, obsolète, la douceur est tenue à l’écart, parfois rejetée, souvent suspectée de fragilité. De toute évidence, la douceur inquiète.

La place de la douceur au cœur de la relation d’accompagnement

Révolue, décalée, obsolète, la douceur est tenue à l’écart, parfois rejetée, souvent suspectée de fragilité. De toute évidence, la douceur inquiète. Elle est même parfois considérée comme aliénante… Et si faire preuve de douceur était un acte d’humanité ?

« La douceur n’a pas sa place dans ce monde si affairé et violent », me dit-on. « Montre de la douceur et tu es balayé, en un rien de temps ! » me prévient-on… Que de mises en garde !

Et pourtant, la douceur incline à veiller à distance, à porter un regard respectueux là où il se pose, un regard sans attente, sans exigence. La douceur est une invitation continuelle à l’expression intime, à la confidence, au laisser-dire, au laisser- être. Être en douceur, c’est être là, en ouverture, en disponibilité, en « bienveillance ». La douceur d’un regard, d’un geste, d’un mot, précède la confidence et l’intime. Elle est un rapport au monde. Elle allège et invite l’écoute à se déployer. Elle ouvre sur l’inattendu et l’inespéré.

La douceur façonne une manière d’accueillir, d’entendre et de partager. Elle accompagne, grâce à une distance ajustée, celui qui accepte de s’éloigner des rivages familiers, de s’égarer, de se perdre en des terres inconnues. La douceur est une invitation à prolonger un voyage, à franchir un gué, à découvrir de nouveaux espaces. La douceur crée le passage, nourrit l’entre-deux, et soutient l’altérité.

Loin d’être une « qualité molle », elle engage et implique autrement. Elle est une invitation à la patience, au retrait, à la réserve.

La douceur n’est pas le fruit de l’obstination. Elle est plus sûrement la manifestation d’une forme d’intelligence, celle qui reçoit, abrite et offre l’hospitalité à la parole, à l’émotion, à l’intime. La douceur crée du lien. Elle façonne un rapport au monde qui ennoblit les comportements. Elle crée un climat d’ouverture et de confiance, participe à une expression vraie et singulière.

L’accompagnement coexiste avec la douceur de façon harmonieuse et dévoile une relation dans laquelle œuvre la délicatesse. La douceur influence la relation sans rien saisir, sans rien vouloir. La douceur donne volontiers asile à la vulnérabilité et à la fragilité tout en les préservant. Elle contient sans contraindre, elle accueille sans juger. À son contact, l’intentionnalité recule…

La douceur engage le corps relationnel dans une manière d’être au monde. Le plus souvent, elle apaise et rassure, mais parfois elle peut déstabiliser, provoqué par son effacement, sa discrétion et son intelligence.

La douceur est aussi de toutes les transformations silencieuses, de toutes les mutations, évolutions et métamorphoses.

Elle aide à accepter ce qui n’est pas là, ce qui est inachevé, inaccompli, en souffrance, en résistance…

La douceur nourrit le rapport à l’autre, le délie et le délivre. Elle n’est jamais déçue car elle n’attend rien.

Être en douceur permet de mieux accepter ses faiblesses afin d’accueillir l’autre tel qu’il est. C’est préserver la valeur de ce qui s’échange. Elle est tout à la fois un temps d’abandon et un déploiement subtil des ressources. « Être en douceur », c’est être là, présent à soi et en paix. C’est se risquer à une relation intime avec soi. Elle est l’artisan de la réconciliation avec soi et cette énergie de pacification qu’elle incarne rend l’inespéré possible.

Pour aller plus loin : Anne Dufourmantelle, Puissance de la douceur, Payot & Rivages.

Source

Par  Roger DAULIN/ paru dans La Massagère / Numéro 17 / 2014.

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